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Ensemble, apprendre à vivre la ville

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L’originalité du CLSH c’est le milieu urbain. Héritiers de la « tradition nature » des mouvements de scoutisme, les CV continuent de jouer un rôle important dans la sensibilisation des enfants et des jeunes à leur environnement naturel. Les CLSH aussi, grâce à des sorties, des « mini-camps » d’été.

L’enjeu de l’éducation à l’environnement urbain est d’une simplicité redoutable : ensemble, apprendre à vivre la ville.
De plus en plus nombreux en ville, nous sommes souvent aussi de plus en plus « étrangers » à un cadre de vie urbain, que nous subissons, faute de le connaître, afin de nous l’approprier. C’est peut-être dans ce mouvement urbain, semble-t-il irréversible, et dans notre capacité à le gérer, que se jouera l’avenir de nos sociétés.

Civisme, citoyenneté, solidarité, responsabilité individuelle et collective, respect des autres et de l’environnement, tels sont les ingrédients de l’éducation à l’environnement urbain (EEU).

Une forme d’ « éco-citoyenneté » qui rejoint les valeurs de l’éducation populaire, si l’on n’oublie pas aussi en route qu’il s’agit d’enfants, en situation de loisirs.
Une véritable EEU sera donc nécessairement un dosage équilibré entre une éducation par l’environnement, utilisant celui-ci comme un support éducatif pour l’enfant et une éducation pour l’environnement, dans un but de protection et d’amélioration.

La participation de CLSH à l’opération « 1000 défis pour ma planète » atteste d’un début de mouvement dans ce sens, mais nombre d’équipes s’avouent aussi très démunies.

Pour les aider, sans tomber dans le piège des « animations prêtes à servir », on peut malgré tout avancer des éléments de démarches, de contenus, tirés des expériences et des divers documents qui jalonnent la réflexion récente sur la pédagogie de l’EEU.

Des thèmes urbains à investir

La ville est un système complexe, en perpétuelle évolution, interaction, fait de structures remplissant de multiples fonctions (économie, logement, culture...) traversé par divers flux (énergie, communication, matières et matériaux...).

Dans le « Macroscope », Joël de Rosnay évoque une ville réagissant « comme un organisme vivant, communiquant avec l’environnement qu’il modifie indirectement et qui le modifie à son tour ».

Alors, par quel « bout » prendre la ville ? L’eau, les déchets ont souvent joué le rôle de « pionniers », mais d’autres thème ne sont pas à négliger : les déplacements et les transports, la nature en ville, les espaces de vie, l’urbanisme, le patrimoine... L’important n’est pas dans le thème, chacun est en fait un fil à tirer, qui permet d’aborder, pour tenter de les comprendre ou d’y sensibiliser, les enjeux, l’évolution, les inter-relations, bref, la ville dans sa complexité.

Créer des intérêts en sensibilisant

La ville, l’EEU, sont a priori peu attirants pour les enfants, comme tout ce qui est à la fois peu valorisé et trop proche (même si on ne le connaît pas vraiment). La sensibilisation est donc indispensable.
Il peut certes exister un sensibilité environnementale chez certains enfants. Mais c’est loin d’être la réalité collective. Et puis, ces intérêts seront-ils suffisants pour fonder une activité, voire un projet ? Ne risquent-ils pas aussi d’être basés sur de simples représentations ou clichés ?
La forme précise de cette sensibilisation reste bien sûr liée au contexte de l’action et il importera aux animateurs de bien analyser celui-ci. Mais déjà quelques points forts se dégagent.

D’abord sur le terrain

Il est nécessaire de partir de la découverte concrète du milieu. Quelle que soit l’échelle choisie, quartier, ville... il ne faut pas hésiter à amener les groupes découvrir sur le terrain, en prenant appui sur leur vision présente afin de la faire évoluer. Pour cela, des médiations, des outils peuvent parfois être utiles.

De telles démarches de découverte, le « nez en l’air » utilisant la marche en ville (c’est aussi une découverte parfois !), devront aussi faire fonctionner les différents sens (vue, odorat, ouïe...), solliciter et stimuler le sens de l’observation, faire fonctionner l’imaginaire. La « lecture de place ou de rue » est un exemple d’activités qui répond bien à cela.

D’abord vivre des activités

Il s’agit de loisirs des enfants, ne l’oublions pas. Ainsi une « campagne quartier propre », une visite de déchetterie, représentent les travers à éviter au début. D’abord c’est moralisant, ça risque d’être inefficace. Et puis, cela oublie totalement l’enfant. Pour favoriser une prise de conscience sur les déchets, il est préférable de proposer de véritables activités.
On peu préparer un repas ou un goûter. Avec la même somme certains vont au marché, d’autres en grande surface. Au retour, on analyse les achats : qualité et prix, volume et nature des emballages, que deviennent-ils ? Origine des produits...

On peut aussi aller récupérer des déchets, des emballages pour réaliser des activités : bateaux, sculptures, décors, maison en carton, instruments de musique, relativisant ainsi la notion de déchets et créant de l’intérêt pour cette question.

L’important c’est que la forme de sensibilisation choisie permette à l’enfant un investissement dans l’activité. C’est l’étape indispensable. C’est peut-être ensuite que la visite de la déchetterie, la campagne propreté pourra éventuellement prendre du sens, se situer dans un projet à plus long terme.
Priorité à l’activité de l’enfant ; c’est aussi lui laisser vivre ou lui proposer des situations qui lui permettent de faire des expériences, de manipuler du concret.
On peut sensibiliser les enfants aux enjeux de la gestion de l’eau à partir de réalités très proches (comment gère-t-on l’eau de la piscine ? Faire les mesures, voir les produits...) avec des expériences amusantes (fabriquer un filtreur d’eau, monter un « mini château d’eau » selon le système des vases communiquants), faire goûter les diverses qualités d’eau (celle du robinet n’est pas forcément la plus mauvaise).

On vient de le voir, la sensibilisation, selon les axes choisis requiert l’utilisation d’un certain nombre de techniques d’animation. Certaines existent, d’autres sont à inventer, mais il faut aussi savoir transposer ses propres savoirs-faire, sur le milieu urbain. Les animateurs connaissent les techniques de grands jeux (rallye, jeu de piste...) qu’ils utilisent en « pleine nature ». Pourquoi ne pas transposer cela pour un grand jeu urbain ? (en ayant un soucis particulier de la sécurité, à cause de la circulation. Un animateur « guide » au fil des épreuves sera utile à chaque équipe).

Et si on parlait de pédagogie de projet ?

D’un vrai projet où des enfants ou des jeunes seraient des acteurs authentiques, stimulés, accompagnés et aidés par des animateurs. Un tel projet ne se décrète pas, il se construit. On est loin du thème choisi (comment on fait ?), censé fédérer diverses activités, donner un contenu éducatif, sur lequel on annonce aux enfants qu’on « travaillera » (!) cette semaine. Ainsi, parfois, il est possible de dépasser le cadre de la sensibilisation.

Des « opportunités » liées au contexte local, des opérations particulières (DSQ, « 1000 défis pour ma planète »...), des idées nées du dialogue avec les enfants et les jeunes, offrent des occasions de se lancer dans des projets « grandeur nature ». Des exemples existent : fleurissement et plantations d’arbres, réalisation d’expositions sur le quartier, nettoyages et aménagements divers, création d’une mare, fresque murale, etc.

Autant d’actions concrètes, support à des activités, à des découvertes, à des « aventures » qui sont aussi des occasions de prise de conscience environnementale et d’implication où les individus se révèlent aussi à eux-même et aux autres, en vivant des situations valorisantes.
Il n’est bien entendu pas question de brosser un tableau idyllique. Les difficultés, voire les échecs existent. Les adultes sont bien entendu très présents, mais dans un rôle différent, inscrit dans la durée, fait de conseils techniques, de soutien moral du groupe, d’aide à l’organisation et de vigilance (que les enfants et leur projet ne soient pas les « otages » d’intérêts quelconques).

Un partenariat indispensable

L’expérience le prouve, on ne peut mener seul, très loin, des actions d’EEU, compte tenu de la diversité et de la technicité des thèmes ou des activités abordées.

Un animateur devra donc savoir utiliser son propre environnement. Sur tous les thèmes, il existe, à défaut d’outils type fichiers d’activités, de nombreuses ressources locales utilisables (topos sur des sentiers urbains, patrimoine ou nature, dictionnaire des noms de rues, plaquettes d’informations, etc.), et des partenaires potentiels qu’il faut savoir s’adjoindre et mobiliser sur des projets.
En vrac, on peut citer des animateurs des CAVE (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement – un par département), de la CNMHS (Monuments Historiques et Sites dans les villes d’art et d’histoire), des associations de quartier, de consommateurs, de défense de l’environnement, les agences de l’eau, les ADEME (Agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), les services techniques des collectivités locales, les administrations et les animateurs spécialisés en environnement urbain (APIEU – Ateliers permanents d’initiation à l’environnement urbain).

Jean-Louis Colombies, Dossier des Cahiers de l’animation n°1 : Les centres de loisirs.
©CEMÉA

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