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Histoire de passerelle

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Dire depuis de décennies que l’animation volontaire est complémentaire de l’animation professionelle, et qu’elle peut être complémentaire du travail et de l’action sociale ne suffit pas. Il peut être intéressant de voir les liens, dans le travail quotidien, voir les retombées d’un engagement volontaire, autant dans l’encadrement de séjours de vacances, que dans l’encadrement des formations d’animateurs ou de directeurs.

Je travaille dans le secteur social (aide sociale à l’enfance), dans une collectivité territoriale. Lorsque j’ai commencé dans ce secteur, j’arrivais avec une formation de juriste et la peur de ne pas avoir les fondamentaux pour faire face à des missions de protection de l’enfance. Je me suis donc formée sur la connaissance des publics en difficulté, le management, la gestion des équipes, la gestion des conflits et, à mon sens, j’ai appris énormément de choses qui n’avaient rien à voir avec mon travail au quotidien. J’ai été formée aux techniques du secteur marchand « plaquées » sur le secteur social, avec pour toile de fonds des objectifs de productivité et de rentabilité, aux antipodes des objectifs de qualités d’une mission de service public.

Je n’étais pourtant pas si désorientée que ça, parce que j’avais dans mon vécu d’animatrice, de directrice de Centres de vacances des repères qui étaient très pertinents pour m’aider à répondre aux questions que je me posais. J’ai essayé de comprendre pourquoi cet engagement volontaire, centré sur les vacances des enfants faisait écho de manière aussi forte dans mon travail. Je me suis alors rendue compte que le Bafa et le Bafd étaient des formations pertinentes pour traiter de la place des personnes dans le projet social, parce qu’elles traitaient de la place des enfants et des jeunes dans un projet de vacances - au coeur du projet, acteurs du projet... Ces mêmes questions se posent à moi dans le travail avec les familles et il m’importe de porter les mêmes valeurs, en m’appuyant sur la cohérence des projets de vacances que j’ai pu vivre dans mon expérience d’animation volontaire.

Quelles sont les formations professionnelles qui dépassent les objectifs économiques et qui permettent une approche sociétale et une vision globale et complexe des interrelations humaines, en plaçant l’être humain au coeur du projet ? Il me semble bien que le Bafa et le Bafd répondent à ces critères, à mon sens parce qu’il ne sont pas connectés à la sphère professionnelle et soumis à divers prérequis économiques.
L’animation volontaire découle d’un acquis sociétal fort, autour des temps de liberté et renvoie de manière éminemment politique à la place que l’on souhaite pour les femmes et les hommes dans la société.
Les considèrent-on comme des outils de production à former (voir à formater) ou comme des citoyens en devenir, acteurs de leur vie, en capacité d’exercer de manière éclairée un certain nombre de choix ?
Ma mission de service public n’est pas une mission économique, elle est politique, elle répond à la volonté d’un État républicain de permettre à chacun de faire partie du projet social. Il est alors fondamental que certaines sphères restent hors du champ économique pour que la société se nourrisse d’autre chose que du secteur marchand.

Je suis certaine que ce sont des enjeux aussi fondamentaux qui sous-tendent la réflexion sur l’évolution que pourraient avoir le Bafa et le Bafd. Changer la logique qui anime ces diplômes, c’est perdre des formations qui ont l’originalité de la vision globale des enjeux et des implications des vacances et des loisirs des enfants.

Myriam FRITZ-LEGENDRE, Les Cahiers de l’Animation n°48, CEMEA, 4ème trimestre 2004

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