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Découvrir la nature, le milieu en CVL

Groupe national éducation environnement

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Découvrir oui, mais quoi ?

Quelques centres d’intérêts majeurs traversent les générations successives et demeurent des objets de plaisir et de découverte.
Les animaux domestiques, les animaux de la ferme, attirent les enfants qui les visitent régulièrement, les soignent, les nourrissent, créant avec eux des relations affectives, apprenant à dépasser des peurs, et retrouvant les liens entre les aliments et les animaux d’élevage. Ils sont aussi un prétexte à contact avec le milieu humain, les habitants.

Les animaux « sauvages » exercent toujours autant de fascination : escargots, lézards, insectes, larves, têtards et grenouilles, petits crabes... que l’on « chasse » ou que l’on « pêche », que l’on capture, que l’on observe, que l’on adopte, que l’on élève. On n’épuise pas facilement les charmes de la mare du ruisseau ou de l’étang.

N’oublions pas les trouvailles et les cueillettes. Les enfants adorent fouiner, dénicher, ramener d’innombrables « trésors » qui débordent de leurs poches et qu’ils arborent fièrement devant les copains ou les adultes qu’ils savent intéressés. La liste en serait longue : trouvailles sur la plage à marée basse, nid tombé en forêt, plumes, pelotes de rejection, petit os, cailloux sur le chemin...
Les enfants adorent aussi cueillir : champignons, fruits sauvages, baies, fleurs sont pour eux de véritables provocations, avec leurs formes, leurs couleurs, et leur goût. La possible consommation vient se rajouter à l’intérêt de la collection.

En revanche, toutes ces découvertes nous posent parfois des problèmes de responsabilité, de sécurité des enfants et de respect de l’environnement. Nous devons légitimement les prendre en compte, sans justifier pour autant une profusion d’interdits ou bloquer toute initiative.

Les dangers « objectifs » de certains milieux attractifs (rivière, étang...) doivent être mesurés par les adultes et expliqués aux enfants. Les interdits devront être justifiés et faire l’objet d’un suivi attentif. Ceci peut s’effectuer sur le milieu proche du centre, dans le cadre de la démarche, « carte parlante » évoquée dans un autre article.

Les dangers des cueillettes n’existent que s’il y a consommation. La règle est donc simple : on ne consomme qu’en toute sécurité, avec un adulte qui connaît, qui est capable de faire respecter des consignes de cueillette un peu en hauteur (de manière à éviter les risques d’une maladie - l’échinococcose véhiculée par l’urine des renards...). Ceci dit, vive les récoltes de framboises sauvages, de fraises des bois et les tartes aux mûres !

Reste le respect de l’environnement et en particulier des êtres vivants que l’on capture. Une vigilance des adultes s’impose pour éviter des captures massives ou systématiques, les mouroirs et autres expériences scabreuses. Il faut expliquer avec doigté, aider l’enfant à comprendre comment vit cet animal, dans quelles conditions on peut le garder, veiller à le relâcher.

Mais faisons attention à ne pas banaliser la notion de protection en l’appliquant à tout et n’importe quoi. Le respect, la responsabilité suffisent parfois, et le centre de vacances doit aussi rester une occasion d’élever des têtards ou de « tûter » des grillons ! C’est en goûtant à ces plaisirs que l’on apprend à aimer la nature. Le respect suit généralement. Dans la nature profiter des « intérêts », sans toucher au « capital », comme l’écrit Louis Espinassous, voilà une belle image.

Découvrir oui, mais comment ?

La découverte n’est pas d’abord ou seulement une affaire de connaissances sur le milieu, qui se traduirait par la capacité à nommer, plantes ou animaux.

On découvre d’abord la nature, à son contact direct, en y vivant, en y jouant, en en profitant, avec tous ses sens : voir, écouter, sentir, goûter, toucher. Pour cela, il faut favoriser les occasions « sur le terrain » qui provoqueront les découvertes. Ceci ne signifie pas que le niveau des connaissances est à négliger.
Il faut plutôt bien le situer en n’en faisant pas systématiquement un préalable, mais la réponse à une curiosité, un intérêt naissant, un questionnement créé.

En trouvant le langage adapté qui permet de « vulgariser » tel mécanisme scientifique, en frappant l’imagination des enfants, en utilisant (humour, légendes, anecdotes, images faisant appel a leur culture, expressivité aussi...).

En n’oubliant pas que le plus important est souvent d’aider à comprendre le « comment ça fonctionne ? », le « pourquoi là, comme çà, et pas ailleurs ? » le « comment ça se relie à ». Tels sont les vrais enjeux de la connaissance en matière de nature et de milieux, même si nous aurons toujours plaisir à savoir nommer.

Pour tout cela, l’animateur, l’adulte doit aussi savoir compter avec une ressource documentaire qu’il faut rendre accessible aux enfants.
De nombreuses situations durant le séjour, même sans être principalement axées sur la découverte, peuvent aussi la permettre : les jeux de pleine nature, les activités manuelles avec des matériaux naturels, des aménagements, des constructions de cabanes, des pique-nique, des randonnées... Reste dans ces activités à accepter la découverte et à la gérer, dans des situations où elle peut aussi bien n’être qu’accessoire ou devenir principale. D’autres activités organisées peuvent aussi stimuler la découverte : bien entendu les balades nature (avec des jeux, pour aller voir ou chercher... - voir à ce sujet le numéro 15 des Cahiers de l’Animation de juillet 1996), mais aussi de véritables rallyes nature ou grands jeux nature. Le village, le milieu humain peuvent aussi y être intégrés ou faire l’objet d’un autre rallye. Un coin permanent nature (voir le numéro 17 des Cahiers de l’Animation de janvier 1997) est encore une autre manière de favoriser la découverte, durant les temps calmes. Ceci de façon plus autonome pour les enfants, avec un effort d’incitation, de provocation des adultes et un accompagnement discret.

Il y a enfin les projets d’enfants. Des projets qui ont comme point de départ les premières découvertes que nous avons favorisé directement ou indirectement et qui ont comme moteur l’intérêt manifesté par les enfants.

« Un matin, tôt, on pourrait aller voir des bêtes », « On pourrait remonter le ruisseau comme des explorateurs », « On pourrait acheter un canard au marché et le garder avec nous dans la mare de la colo où on lui fabriquerait une maison ». On « pourrait », voilà bien ce que nous devons provoquer. Créer des intérêts qui font projeter au conditionnel, ensuite aider les enfants à lever ce conditionnel (ce qui ne veut pas dire abandonner toute condition !) pour aboutir à une action « on va ». C’est ainsi que l’on aura en CVL de réelles situations d’activités qui s’enchaînent les unes aux autres pour prendre tout leur sens auprès des enfants.

À n’en pas douter, ce sont elles qui les marqueront durablement sur le plan des attitudes, des valeurs, comme sur celui des connaissances. Découvrir la nature, vivre la nature ! Serions-nous en plein recul passéiste ou nostalgique, sur une « nature » qui à bien des égards a disparue au profit d’espaces aménagés par l’homme ?
Aurions-nous oublié les enjeux environnementaux, l’indispensable éducation à l’environnement urbain ? Voire le milieu humain ?
Pas du tout, il s’agit de partir des réalités actuelles de l’éducation à l’environnement et du rôle des CVL. La dimension des loisirs, même s’ils sont éducatifs, y est primordiale, ce qui signifie une approche particulière que nous avons tenté d’illustrer, à partir des atouts des CVL. Parmi eux, figure la possibilité d’investir un milieu de proximité dans une durée non négligeable, et sans contrainte programmatique particulière.

Le CVL est donc bien un outil privilégié d’éducation à l’environnement, complémentaire de l’école. Surtout quand on voit l’évolution actuelle des classes découverte. Sa vocation première et originale est de faire découvrir le milieu pour le comprendre, tout en apprenant à l’aimer pour aussi le respecter. Tout ceci, sans brûler les étapes, en particulier avec les enfants de 6-12 ans. Leur attrait pour la nature est fort, parfois au détriment d’un intérêt pour la dimension humaine qui est aussi un élément de l’environnement, un terrain de découverte très riche, mais parfois plus difficile à mettre en œuvre. Ce qui nécessite des démarches comme celles évoquées dans les articles de ces Cahiers de l’Animation.

Mais le rôle éducatif du CVL, en matière d’environnement ne sera tout à fait complet qu’à partir du moment où ils auront aussi intégré dans leur projet et dans leur fonctionnement, la vie quotidienne du centre*. L’alimentation, la consommation d’eau, d’énergie, le bruit, les matériaux utilisés et les déchets constituent l’autre face cachée de l’éducation à l’environnement en CVL.
Celle-ci mérite un effort de cohérence de la part de tous (organisateurs et directeurs pour les choix d’équipement, d’organisation, directeurs, animateurs, personnel de service pour l’éducation au quotidien).

C’est cet effort rendu visible, lisible, qui permettra d’établir plus nettement les véritables liens qui existent entre un environnement de qualité, susceptible de nous procurer « les joies de la nature », les gestes de notre vie quotidienne et les choix plus collectifs d’aménagement et d’équipement. Voilà un beau défi éducatif à relire.
* - Le groupe national Éducation à l’Environnement des Ceméa, en liaison avec des organisateurs, a élaboré une charte sur l’EE en CVL et prépare, avec l’aide du Fonds National de Développement de la Vie Associative, des ministères de l’Environnement et de la Jeunesse et Sports, un dossier technique sur l’EE et la vie quotidienne en CVL.

Jean-Louis Colombiès

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